Déchets plastiques : en attendant le traité de Nairobi, on exporte

En 2019 les USA ont « transporté pour traitement » plus de 500 millions de tonnes de déchets plastiques, en Indonésie ou en Afrique (au Kenya, notamment).

Mais ils ne sont pas les seuls : en 2019, l'UE a « exporté » 1,5 millions de tonnes de déchets plastiques vers la Turquie, la Malaisie, l'Indonésie, le Vietnam, l'Inde ou encore la Chine.

C'est à cette situation que voudrait mettre fin au Traité de Nairobi sur les plastiques.

2021 : l'origine des actions législatives

Mieux vaut tard que jamais : depuis le 1er janvier 2021 les membres de l'UE ont interdiction d'exporter les déchets plastiques non triés ou dangereux vers des pays non-membres de l'OCDE, c’est à dire, en creux, les pays les moins développés.

De fait, l’Afrique est devenue une cible particulière depuis la décision de la Chine, en 2018, d’interdire l’importation des déchets plastiques, suivie par d’autres pays asiatiques comme les Philippines et la Malaisie.

Rappelons que plus de 6 milliards de tonnes de déchets plastiques cumulés (les emballages représentent environ 40%) ont été générés à date. Ces déchets, que nous devons toujours gérer, ont à ce stade été traités de la façon suivante :

  • 79% ont été enfouis en décharge ou abandonnés dans la nature,
  • 12% ont été incinérés,
  • Et SEULEMENT 9% ont été recyclés.


Les plus gros producteurs d'emballages plastiques sont les multinationales agroalimentaires américaines. Coca-Cola : 2,9 millions de tonnes par an ; Nestlé et Danone : 2,5 millions de tonnes, dont les bouteilles d’eau ; P&G et Unilever :  l’essentiel des flacons pour détergents, gels douche et shampoings... (Changing Markets Foundation, 2020).

2022 : vers un traité international à Nairobi ?

Les chiffres donnent la mesure : une dizaine de millions de tonnes de déchets plastiques se retrouvent chaque année dans les océans (l’équivalent d’un camion poubelle chaque minute), ce qui menace directement un millier d'espèces marines. Et cette pollution pourrait doubler d’ici à 2030 et tripler d’ici à 2050.

L'évidence de la nécessité d'un traité international se dessine sous la forme de trois propositions clés :

  1. L’Inde présente le texte le moins coercitif, plutôt orienté autour de la création de forums thématiques sur les plastiques à usage unique.
  2. Le Japon propose un traité centré sur la question de la pollution marine et du plastique en tant que déchet.
  3. Une proposition conjointe Pérou / Rwanda table sur un accord juridiquement contraignant ; c'est le plus ambitieux. Il privilégie une approche globale qui prend en compte tout le cycle de vie du plastique (de l’extraction des combustibles fossiles à l’élimination) et toutes les formes de pollution. C’est ce texte qui a le soutien de la société civile, de la communauté scientifique et d’une soixantaine d’Etats dont les Etats-Unis et l’Union Européenne (UE).

Les négociations qui se sont ouvertes le 28 février dernier à Nairobi, sous l’égide des Nations unies, sont cruciales. Elles permettront peut être d'aboutir, sous quelques années, à un accord global juridiquement contraignant capable d’endiguer cette menace planétaire.

A suivre de très près.

Les négociations se sont ouvertes le 28 février à Nairobi (Kenya), sous l’égide des Nations unies, pour tenter d'aboutir à un accord global juridiquement contraignant. Image : https://nairobi.go.ke/

Traité de Nairobi sur les plastiques : sources

• Vers un traité international pour lutter contre la pollution plastique, Le Monde, 29 février 2022.
• Pollution des océans par le plastique et les emballages, Natural development, mai 2021.
• Stoppons le torrent de plastique ! WWF, rapport 2019.
An inshore–offshore sorting system revealed from global classification of ocean litter; Morales, Cozar & al.; Nature Sustainability; June 2021.
> image à la Une : common licence, pixabay / image sous licence standard, Shutterstock / site Web Nairobi : https://nairobi.go.ke/

Thèmes : plastique ; pollution ; traité international ; Nairobi

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