Pollution des océans par le plastique et les emballages

La pollution des océans par le plastique est un sujet majeur. Les chiffres donnent la mesure : une dizaine de millions de tonnes de déchets plastiques se retrouvent chaque année dans les océans (l’équivalent d’un camion poubelle chaque minute), ce qui menace directement un millier d'espèces marines. Et cette pollution pourrait doubler d’ici à 2030 et tripler d’ici à 2050.

Le plastique, les emballages et la pollution des océans 

L’origine de la pollution se trouve dans les déchets qui ont échappé aux actions de contrôle ; les activités côtières de tourisme et de loisirs sont très largement majoritaires et représentent 79% de la pollution (WWF, rapport 2019 [1]). Par ailleurs, une étude internationale récente regroupant 26 auteurs sur la plupart des continents a permis de la caractériser [2] (voir figure, même source) :

  1. 80% de la pollution est du plastique. Le métal et le verre, qui viennent ensuite, ne représente respectivement que 7% et 5%.
  2. Les principaux déchets sont les suivants (en moyenne, tous environnements confondus) : sacs plastiques (14%), bouteilles en plastiques (12%), emballages alimentaires (9%), sachets d’emballages - wrappers (9%). Les déchets liés à l’activité industrielle maritime viennent ensuite.
  3. Ces éléments de chiffrage de la pollution sont très dépendants de l’environnement considéré (fleuves, rivières et lits associés ; zone côtière ; zone maritime proche ; haute mer ; fonds marins)  : jusqu’à +/-20% de variation.

Les plus gros producteurs d'emballages plastiques sont les multinationales agroalimentaires américaines. Coca-Cola en produit à elle seule 2,9 millions de tonnes par an, Nestlé et Danone sont à la source de plus de 2,5 millions de tonnes d’emballages alimentaires, dont les bouteilles d’eau ; P&G et Unilever produisent quant à elles l’essentiel des flacons pour détergents, gels douche et shampoings et on peut attribuer à Mars une part significative des emballages alimentaires de type wrappers... (données 2020 issues du rapport Changing Markets Foundation [3] ; chiffres communiqués par les entreprises, voir figure ci-dessous).

Alors si les sources de la pollution sont connues et si les producteurs sont peu nombreux, pourquoi ne traite-t-on pas ce problème rapidement ? Dans son rapport, Changing Markets Foundation dénonce l’inertie de ces acteurs à accompagner la législation (voir l’illustration du parcours chaotique de Coca-Cola dans la législation depuis des décennies [3])... Dernière action en date ? En 2020 Coca-Cola utilise la Covid-19 pour différer les orientations législatives en cours en Europe et en Afrique concernant la limitation du plastique à usage unique, en évoquant un risque sanitaire dû aux produits réutilisables… A suivre.

Un risque immense pour la biodiversité

La biodiversité est un enjeu prioritaire : elle regroupe les animaux, les végétaux et tous les éléments du vivant, globalement. Ces richesses sont primordiales à notre subsistance en tant qu’humain : oxygène de l’air, ressources alimentaires, pollinisation, fertilisation des sols... La pollution par le plastique est une menace directe pour les espèces. Les gros déchets peuvent les blesser ou entraver leur mobilité. Les récifs marins sont également beaucoup plus exposés au développement de maladies lorsqu’ils sont recouverts de plastiques.

Mais ce sont les déchets particulaires, ou microplastiques, qui sont les plus dangereux pour les animaux : risque d’étouffement, d’étranglement et d’ingestion, ce qui peut provoquer un blocage des fonctions respiratoires et digestives. Par ailleurs, et c'est un fait documenté précisément depuis au moins une vingtaine d’années, les microplastiques concentrent les polluants : jusqu’à 6 fois. Ils permettent aussi leur transport sur de très longues distances et augmentent leur persistance dans l’environnement. Ils contribuent ainsi à démultiplier l’exposition des organismes vivants aux contaminants chimiques.

Les polluants considérés sont nombreux, toxiques, et leur association pose également problème (en démultipliant les effets et/ou en générant de nouvelles combinaisons). Les polluants repérés prioritairement sont chimiques ; on parte de polluants organiques persistants (POP) : PCB, PHA, pesticides, mais aussi de contaminants issus des additifs du plastique : PBDE, bisphénol A, alkylphénols, notamment. Dès 2015, une étude menée en collaboration par l’Ifremer a montré que les nanotrous existants dans la structure même des polymères fournissent aux contaminants des sites d'adsorption solides, qui sont à la source de cette pollution [4].

Plus globalement, une modélisation menée dans une étude de référence a permis de prendre conscience du problème et d'évaluer sa dimension (voir la figure suivante représentant la modélisation de la répartition des déchets plastiques particulaires sur la planète, en nombre de pièces par km2 et pour différentes tailles ; sources issues de "Plastic waste inputs from land into the ocean", J. R. Jambeck, 2015 [5]) : les conclusions de l’étude révèlent une pollution sévère sur tous les continents et pour toutes les tailles de particules.

Comment lutter ?

La réponse actuelle est législative et se concentre surtout sur l'éradication des plastiques à usage unique, un article fait spécifiquement le point sur ce sujet (Emballages : principe législatif général). Une action est également en cours en ce qui concerne les emballages des fruits et légumes, qui ne pourront plus être en plastique pour les conditionnements de moins de 1,5 kg, à partir de janvier 2022 (différentes échéances existent en fonction des denrées et des matériaux, voir notre article : Législation fruits & légumes, PVC et PSE). Il s'agit d'actions cohérentes et qu'il convient de soutenir, mais les effets tarderont et leur puissance est peut être insuffisante.

Nous voulons conclure ici en proposant d'autres éléments de réflexion. Une piste intéressante, et finalement peu abordée, consisterait en la substitution, via la législation, des emballages plastiques très représentés dans la pollution marine, que sont les papiers d’emballage alimentaire (wrappers) et emballages pour alimentation à emporter (voir notre premier paragraphe). Même si elle n'est pas simple, leur substitution par le carton est techniquement réaliste et serait une action puissante. Il existe une contrepartie, bien sûr : une augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES) lors de leur production. En effet, de nombreuses études le montrent : la substitution du plastique par le carton, pour un emballage, conduit à un triplement des émissions de GES (voir références).

Dans le contexte actuel de réchauffement climatique, accepter une augmentation des GES peut sembler être un mauvais choix, mais en examinant de plus près les risques induits, il s’avère que cet accroissement sera faible, voire négligeable. En effet, deux études, menées à presque dix ans de distance montrent que la part des emballages dans les émissions de GES est très faible. Ces études ont révélé que l’utilisation d’emballages, tous matériaux confondus, par les foyers et les entreprises en Europe ne participe qu’à hauteur de 1,7% à l’empreinte carbone totale. Les emballages plastiques ne représentent pour leur part que 0,6% de celle-ci [6]. Par ailleurs, l’étude de référence sur le sujet, menée par Carbone 4 en 2019, a montré que les emballages ne représentait que 0,8% de notre empreinte carbone individuelle moyenne [7] (voir références et notre article spécifique : Climat, ressources : la part des emballages).

Finalement, la substitution vers le carton  de ce type d'emballages précis, à l'origine d'une part significative de la pollution, n'aurait qu'un impact marginal sur le climat et serait potentiellement très bénéfique pour les océans.

Références :
[1] Stoppons le torrent de plastique ! WWF, rapport 2019.
[2] An inshore–offshore sorting system revealed from global classification of ocean litter; Morales, Cozar & al.; Nature Sustainability; June 2021.
[3] Talking Trash: the corporate playbook of false solutions to the plastic crisis, Changing Markets, September 2020.
[4] Les microplastiques en milieu marin : supports de contaminants chimiques Étude bibliographique, Roclin Léa, Ifremer, Université du Maine, Le Mans, 2015.
[5] Plastic waste inputs from land into the ocean, J. R. Jambeck & al., sciencemag.org, vol 347, n° 6223, February 2015.
[6] L’impact du cycle de vie des emballages plastiques sur la consommation d’énergie et les émissions de Gaz à Effet de Serre en Europe, Rapport de synthèse, Denkstatt GmbH, 2011.
[7] Faire sa part ? pouvoir et responsabilité des individus, des entreprises et de l'état face à l’urgence climatique, carbone 4, juin 2019.

> illustration : image sous licence standard, Shutterstock

Avertissement : cet article synthétique est issu de différents documents publiés par Natural development. L'objectif est de fournir simplement les données clé. Se référer aux sources complètes  (voir liens ci-dessous) pour une information plus exhaustive et plus détaillée.

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