Fruits et légumes et traces de pesticides : la polémique sans fin

Pesticides fruits et légumes : l’étude publiée au début de l’année par l’Université de Harvard – Boston, USA n’en finit pas de faire des remous.

Retour sur des mois de polémiques.

Janvier 2022 : publication de l’étude, l’effarement

Différents départements de l’Université d’Harvard (Department of Nutrition / Department of Epidemiology / Channing Division of Network Medicine / Department of Environmental Health) copublient en janvier 2022, dans la Revue Environment International, les résultats d’une enquête énorme, basée sur l’analyse de plus de 160 000 personnes observées sur 20 ans.

Le document est en accès libre via : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0160412021006498?via%3Dihub).

Les résultats liant pesticides et fruits et légumes ont le mérite d’être clairs et laissent sans voix :

1️⃣  Consommer quotidiennement 4 portions de fruits et légumes À FAIBLE TENEUR en résidus de pesticides réduit de 36 % le risque de mortalité (par rapport à 1 portion par jour).

2️⃣  Consommer la même quantité de fruits et légumes À HAUTE TENEUR en résidus de pesticides NE PERMET PLUS DE CONSTATER LE MOINDRE BÉNÉFICE pour la santé.

3️⃣  Autre coup de massue : remplacer une portion quotidienne de fruits et légumes à haute teneur en résidus de pesticides par une portion à faible teneur permet de limiter le facteur de risque de mortalité de 11 %.

Tous cela suggère aux auteurs que « l’exposition aux résidus de pesticides par voie alimentaire peut annuler les effets bénéfiques de la consommation de fruits et légumes sur la mortalité. »

Printemps 2022 : lobbies et réseaux sociaux, la polémique enfle

Cette étude fait l’effet d’une bombe. Suite à la publication dans Le Monde des résultats de ces travaux  (« Les résidus de pesticides pourraient annuler le bénéfice sanitaire des fruits et légumes« ), un déferlement de commentaires et de dénigrements (plus ou moins violents) s’ensuit, sur les réseaux sociaux notamment. Les pro-agriculture bio y voient la confirmation de leurs actions et de leurs motivations et le font savoir. Les pro-agriculture traditionnelle y voient la mise en cause du modèle dominant et s’attaque à l’étude en mettant en ciblant ses objectifs et sa méthodologie.

Sa méthodologie surtout, qui est au coeur des débats. Qu’appelle-t-on « traces de pesticides » ? Sont-elles compatibles avec les limites de détection ? Les questionnaires remplis par les patients ont-ils été correctement contrôlés ? Quel est ce score estimant la probabilité de présence de résidus de pesticides sur chaque type de fruit et légume ? Cette méthodologie étalée dans le temps et traitant de centaines de milliers de cas très différents est-elle valide ? …

Le Point, surtout, s’engage dans la contestation, via une journaliste particulièrement active, que l’on retrouve dans les publications et sur les plateaux TV. Densité des arguments, violences des échanges, la combativité est telle que Le Monde, finalement se trouve en porte-à-faux et décide de contre-attaquer.

Quelques réactions du Point (image extraite de l’article du Monde en référence, voir ci-après).

Eté 2022 : Le Monde fait sa mise au point et détaille ses arguments

Le 2 juin 2002, Le Monde réagit et publie un article intitulé « Pesticides dangereux : « Le Monde » maintient ses informations après la contestation de deux études » dans lequel il détaille, élément par élément, ses réponses aux accusations émanant du Point.

Poussé dans ses retranchements, Le Monde a interrogé différents experts afin d’évaluer la qualité de l’étude (un biochimiste et trois épidémiologistes, tous spécialistes des liens entre nutrition et santé et sans rapport avec l’étude). Aucun d’entre eux n’a jugé l’étude américaine de piètre qualité et selon Julia Baudry (Inrae) « comme toutes les études épidémiologiques, celle-ci a des limites méthodologiques ».

De la même façon, concernant les accusations liées à la construction de l’échantillon de cohorte et la validité du questionnaire rempli par les participants, les travaux de validation méthodologique ont été publiés en 2017 dans la revue Journal of Exposure Science & Environmental Epidemiology et ont été par là même validés.

Il ne nous appartient pas juger ou de trancher ici cette polémique, ce n’est pas notre propos. Nous souhaitons simplement signaler, comme l’a fait Le Monde dans son article, que ces travaux ont été validés par un comité de lecture puis publiés dans une revue scientifique internationale après un processus exigeant de contrôle par des statisticiens, des méthodologistes, des scientifiques…

Chacun jugera…

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